La JS Kabylie a sans doute vécu, samedi soir, l’un de ses moments les plus délicats de ces dernières années sur la scène continentale. Battus sur la plus petite des marges (1-0) par le FAR de Rabat, les Canaris ont compromis très sérieusement leurs chances de qualification pour les quarts de finale de la Ligue des champions africaine.
Une défaite qui, au-delà de son impact comptable, agit comme un révélateur brutal des limites actuelles du club kabyle. Car le plus inquiétant, dans cette nouvelle désillusion, n’est pas tant le score que le visage affiché par la JSK. Face à une formation marocaine loin d’être irrésistible et que beaucoup considéraient comme prenable, les Jaune et Vert ont peiné à exister. Incapables d’imposer leur tempo, rarement dangereux dans les trente derniers mètres et souvent dépassés dans l’impact, les Kabyles ont donné l’image d’une équipe en manque criant de repères et de certitudes.
Sur le plan tactique, la JSK a semblé naviguer à vue. Le bloc manquait de compacité, les lignes étaient étirées, et la transition entre la récupération et la projection offensive s’est révélée laborieuse. À l’inverse, le FAR de Rabat, sans être flamboyant, a su faire preuve d’une organisation rigoureuse, d’un réalisme froid et d’une gestion intelligente des temps faibles.
Une autre sortie ratée
Cette rencontre a également mis en lumière un déficit flagrant d’intensité et d’expérience. En Ligue des champions africaine, chaque duel compte, chaque erreur se paie cash. Or, la JSK a semblé manquer de ce vécu continental indispensable pour gérer les moments clés d’un match à fort enjeu. Certains joueurs, visiblement en difficulté, n’ont pas répondu aux exigences physiques et mentales imposées par ce type de rendez-vous, laissant planer un sentiment de décalage entre le prestige du maillot et le rendement sur le terrain.
Pour les supporters, le constat est douloureux. Habituée à figurer parmi les références du football africain, la JS Kabylie donne aujourd’hui l’impression d’être en reconstruction permanente, sans réelle progression sur le plan continental. Cette élimination qui se profile ressemble davantage à l’aboutissement d’un processus qu’à un simple accident de parcours. Elle traduit un retard structurel face aux grandes écuries africaines, notamment celles issues de championnats mieux organisés et plus compétitifs. Au cœur du problème se trouve, une fois encore, la politique de recrutement. La Ligue des champions ne pardonne pas l’approximation.
Espérer rivaliser avec les cadors du continent exige un effectif équilibré, mêlant jeunes talents et joueurs confirmés, rompus aux joutes africaines. Or, les choix opérés ces dernières saisons semblent davantage relever du pari que d’un projet sportif clairement défini. Miser sur des profils sans expérience continentale, ou insuffisamment aguerris, expose inévitablement l’équipe à ce genre de déconvenues. Ce revers face au FAR de Rabat agit donc comme un signal d’alarme. Il rappelle que le simple poids de l’histoire ne suffit plus à gagner des matchs en Afrique.
Zinnbauer doit revoir sa copie et ses choix
La JS Kabylie devra impérativement revoir sa stratégie globale si elle aspire à retrouver son rang. Cela passe par une réflexion profonde sur la construction de l’effectif, la stabilité du staff technique et l’instauration d’une véritable culture de la performance au plus haut niveau.
À court terme, les chances de qualification apparaissent désormais minces. L’élimination semble désormais se profiler, et la pression sur le staff technique dirigé par Josef Zinnbauer et sur les joueurs s’accentue jour après jour.
Le technicien allemand, pourtant expérimenté sur le plan international, se trouve confronté à une équation complexe : relancer un groupe démoralisé, insuffler de la confiance et surtout préparer un choc décisif face à l’ogre égyptien Al Ahly, un adversaire de tout autre calibre. Chaque erreur de jugement, chaque faux pas en préparation ou en communication est scruté, et les supporters, historiquement exigeants, ne cachent plus leur inquiétude. L’ombre d’Al Ahly plane sur la JSK.
Les Égyptiens, habitués aux grandes joutes africaines, constituent une véritable référence continentale. Leur puissance tactique, leur solidité collective et leur expérience font d’eux un adversaire redoutable, capable d’exploiter la moindre faille. Pour la JSK, la confrontation ne se limite pas à un simple match, elle devient un test de caractère et de résilience.
Les joueurs appelés à bien réagir
Les joueurs, quant à eux, ressentent la double pression : celle de devoir se racheter pour la qualification, et celle de ne pas décevoir l’histoire du club et son public. Après le revers contre le FAR, l’état mental de l’effectif est un facteur critique.
La capacité à transformer cette tension en énergie positive sera déterminante pour espérer rivaliser avec Al Ahly et maintenir des chances, même théoriques, de se qualifier pour les quarts de finale. Sur le plan tactique, Zinnbauer devra trouver un équilibre entre prudence et audace. L’équipe doit corriger ses lacunes défensives, retrouver une fluidité offensive et faire preuve de discipline collective, sans sacrifier la créativité individuelle qui pourrait faire la différence face à un adversaire supérieur sur le papier.
Chaque détail compte : placements, transitions, maîtrise des coups de pied arrêtés, et capacité à tenir physiquement sur 90 minutes.
Enfin, cette période est également révélatrice de l’état structurel du club. La JSK doit reconnaître que pour tenir tête aux cadors africains, il ne suffit pas d’un passé glorieux : le recrutement, la préparation physique, la psychologie des joueurs et la stratégie globale doivent s’aligner avec les standards internationaux. Sans un sursaut collectif, la confrontation avec Al Ahly risque de devenir une nouvelle désillusion, renforçant l’impression d’un retard persistant à combler sur la scène continentale.
Al Ahly, un autre match
En résumé, la JS Kabylie entre dans une phase critique de sa campagne africaine. Al Ahly représente non seulement un obstacle sportif, mais aussi un révélateur des faiblesses et forces de l’équipe. Zinnbauer et ses joueurs n’ont plus le droit à l’erreur : le prochain match est à la fois un test de survie en Ligue des champions et une épreuve de crédibilité pour un club qui ambitionne toujours de retrouver sa stature continentale.
Mais au-delà de l’issue de cette campagne africaine, c’est surtout l’avenir du club qui est en jeu. Sans remise en question sérieuse et sans investissements ciblés, les mêmes scénarios risquent de se répéter, saison après saison, avec leur lot de frustrations et de désillusions.
La défaite contre un adversaire jugé abordable laisse un goût amer et accentue le sentiment d’un retard encore conséquent à combler. La route vers le sommet africain est longue et semée d’exigences. Pour l’instant, la JS Kabylie semble encore loin du compte, contrainte de regarder passer le train des grandes ambitions africaines, en attendant de retrouver les fondations qui ont jadis fait sa grandeur.
Réda Hafid
