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À son retour au pays, le président de la Fédération algérienne de handball (FAHB), Mourad Boussebt, a dressé un constat sans concession sur l’état actuel de la discipline, à la lumière de la récente participation de la sélection nationale à la Coupe d’Afrique des nations 2026, disputée à Kigali, au Rwanda, du 21 au 31 janvier. Un bilan sportif mitigé, mais surtout révélateur de problématiques structurelles profondes qui freinent le développement du handball algérien.
Pour le premier responsable de la FAHB, la réalité est claire : l’Algérie ne peut plus prétendre rivaliser avec les grandes nations du handball africain et mondial tant que son championnat demeure amateur. « Il est aujourd’hui impossible de se mesurer au plus haut niveau continental ou mondial avec un championnat local qui ne répond pas aux standards professionnels », a-t-il affirmé, chiffres à l’appui.
Selon lui, dans les pays où le handball est structuré et performant, les joueurs cumulent entre 1 000 et 1 200 heures de travail annuel, incluant entraînements, compétitions et préparation physique. En Algérie, ce volume ne dépasse pas, dans le meilleur des cas, les 400 heures par saison.
Un écart considérable qui se répercute inévitablement sur le rendement des joueurs et la compétitivité globale des équipes. Mourad Boussebt insiste d’ailleurs sur le fait que cette problématique ne concerne pas uniquement le handball.
D’autres disciplines collectives, comme le basketball ou le volleyball, souffrent des mêmes maux, à savoir un manque de professionnalisation, de moyens financiers et de structures adaptées.
Au-delà des chiffres, le président de la FAHB a tenu à clarifier un point essentiel : selon lui, la responsabilité de cette situation ne peut être imputée uniquement à la fédération. « Le problème n’est pas fédéral, il est essentiellement structurel et se situe au niveau des clubs », a-t-il martelé. Autrefois véritables pépinières de talents, les clubs algériens ont progressivement perdu leur capacité à former les jeunes. Faute de moyens financiers suffisants, ils ne peuvent plus mettre en place une politique de formation durable, avec des encadrements qualifiés, des infrastructures adéquates et un suivi à long terme.

Le message fort pour les présidents de clubs

La réalité économique est, selon Boussebt, alarmante. La majorité des présidents de clubs sont contraints de puiser dans leurs propres ressources pour assurer le fonctionnement minimal de leurs équipes, couvrant parfois difficilement les frais de déplacement, d’équipement ou d’hébergement.
Dans ces conditions, investir dans la formation devient un luxe inaccessible, reléguant le développement des jeunes talents au second plan.
Ces limites structurelles ont trouvé un écho direct lors de la dernière Coupe d’Afrique des nations. Engagée avec des ambitions mesurées, la sélection algérienne a livré une prestation jugée globalement décevante, terminant à la quatrième place d’un tournoi dominé par l’Égypte, sacrée championne d’Afrique. Les Verts ont concédé quatre défaites en sept rencontres, peinant à imposer un jeu constant et à rivaliser avec les équipes les mieux préparées.
Pour autant, tout n’est pas à jeter. Les protégés du sélectionneur Salah Bouchekriou ont tout de même réussi à atteindre le dernier carré, ce qui leur a permis de décrocher leur qualification pour le Championnat du monde 2027, prévu en Allemagne.
Un objectif minimum atteint, puisque les quatre demi-finalistes de la CAN étaient automatiquement qualifiés pour le rendez-vous mondial. Mais cette qualification ne saurait masquer les lacunes profondes du handball national.
Pour Mourad Boussebt, elle doit au contraire servir de point de départ à une réflexion globale. Sans une réforme en profondeur du modèle économique des clubs, sans une véritable politique de formation et sans une augmentation significative du volume de travail des joueurs, l’Algérie risque de stagner, voire de régresser, face à une concurrence africaine de plus en plus structurée.
Le message du président de la FAHB est donc sans ambiguïté : le salut du handball algérien passera par les clubs, la formation et la professionnalisation. À défaut, les performances continentales et mondiales resteront ponctuelles, sans réelle perspective de progression durable. Une alerte forte, lancée à l’ensemble des acteurs de la discipline, à un moment charnière où les choix structurels pèseront lourdement sur l’avenir du handball national.

Israâ Ben.

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